Les touristes sont de retour en Tunisie. Le nombre de visiteurs devrait dépasser les 9 millions cette année. Les stations balnéaires font le plein de vacanciers, mais les Tunisiens n’en profitent que modérément car le pays mise toujours sur un tourisme de masse à prix bradé, peu rémunérateur pour le pays. Analyse.
Le tourisme est-il définitivement reparti en Tunisie ? Elyes Besbes veut y croire. « Les Français sont là, les Anglais reviennent. Les Allemands se font encore un peu attendre. Notre clientèle européenne se montre, globalement, de plus en plus présente. C’est sans doute la fin des temps difficiles. Le climat change », confie avec soulagement le directeur commercial de quatre hôtels situés à Sousse. Les chiffres sont encourageants. Le nombre de touristes pourrait dépasser les 9 millions cette année après une année 2018 très positive. Une première pour la Tunisie de l’après-Ben Ali.
Le secteur touristique tunisien revient de loin. Le 26 juin 2015, à Sousse non loin de l’un des établissements d’Elyes Besbes, Seifeddine Rezgui, un jeune Tunisien de 23 ans, sort une kalachnikov et tue de sang-froid 38 touristes sur la plage, essentiellement des Britanniques.



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En quelques semaines, les hôtels, les plages et les musées se vident. Sur la seule année 2015, le pays perd deux millions de touristes, plus d’un quart de la fréquentation habituelle. Une manne qui disparaît pour de nombreux Tunisiens. Le tourisme fait vivre quelque 470 000 personnes dans ce pays de 10 millions d’habitants.

AFRIQUE
Election présidentielle en Tunisie le 15 septembre 2019
En Tunisie, une renaissance du tourisme en trompe-l’œil
Le pays a misé sur un tourisme balnéaire et bon marché comme ici sur cette plage de Sousse.
Le pays a misé sur un tourisme balnéaire et bon marché comme ici sur cette plage de Sousse.
AP/ Abdeljalil Bounhar
11 SEP 2019
Mise à jour 11.09.2019 à 15:32 par
Pierre Desorgues
Les touristes sont de retour en Tunisie. Le nombre de visiteurs devrait dépasser les 9 millions cette année. Les stations balnéaires font le plein de vacanciers, mais les Tunisiens n’en profitent que modérément car le pays mise toujours sur un tourisme de masse à prix bradé, peu rémunérateur pour le pays. Analyse.
Le tourisme est-il définitivement reparti en Tunisie ? Elyes Besbes veut y croire. « Les Français sont là, les Anglais reviennent. Les Allemands se font encore un peu attendre. Notre clientèle européenne se montre, globalement, de plus en plus présente. C’est sans doute la fin des temps difficiles. Le climat change », confie avec soulagement le directeur commercial de quatre hôtels situés à Sousse. Les chiffres sont encourageants. Le nombre de touristes pourrait dépasser les 9 millions cette année après une année 2018 très positive. Une première pour la Tunisie de l’après-Ben Ali.

Le secteur touristique tunisien revient de loin. Le 26 juin 2015, à Sousse non loin de l’un des établissements d’Elyes Besbes, Seifeddine Rezgui, un jeune Tunisien de 23 ans, sort une kalachnikov et tue de sang-froid 38 touristes sur la plage, essentiellement des Britanniques.

A relire : Tunisie: attentat dans un hôtel à Sousse, des dizaines de morts
Quelques semaines plus tôt, une autre attaque terroriste dans le musée du Bardo à Tunis avait déjà porté un coup grave au secteur touristique avec la mort de 21 étrangers, français pour la plupart.

A relire : Tunisie : 21 tués dans l’atttaque terroriste du Musée du Bardo
En quelques semaines, les hôtels, les plages et les musées se vident. Sur la seule année 2015, le pays perd deux millions de touristes, plus d’un quart de la fréquentation habituelle. Une manne qui disparaît pour de nombreux Tunisiens. Le tourisme fait vivre quelque 470 000 personnes dans ce pays de 10 millions d’habitants.

L’attentat de Sousse qui a fait 39 morts, essentiellement des touristes britanniques, fut perpétré par un jeune de 23 ans, Seifeddine Rezgui et revendiqué par l’organisation État islamique.
L’attentat de Sousse qui a fait 39 morts, essentiellement des touristes britanniques, fut perpétré par un jeune de 23 ans, Seifeddine Rezgui et revendiqué par l’organisation État islamique.
AP/Abdeljalil Bounhar
Des touristes russes, algériens et libyens
Pendant de nombreuses semaines, il devient impossible de remplir les hôtels, comme par exemple, les 1200 lits des quatre établissements du groupe hôtelier de Elyes Besbes à Sousse.

Les Européens quittent la Tunisie. Il faut aller chercher de nouveaux clients pour sauver les infrastructures hôtelières. « L’arrivée des Russes et la présence des Algériens nous a permis de nous maintenir à flot. Les Russes ont fui la Turquie suite aux tensions entre Erdogan et Poutine en 2015. Ils ont également quitté l’Egypte, jugée peu sûre pour eux. Nous avons saisi cette occasion et nous avons attiré les Russes en cassant les prix. C’est une clientèle, pour qui le facteur prix, est une donnée essentielle. Les Algériens, eux, voyagent en famille et préfèrent louer des appartements. Nous avons donc également cassé les prix pour les attirer et nous avons changé la configuration de nos chambres », décrit le directeur commercial Elyes Besbes.

« L’Algérie a une classe moyenne qui a un peu d’argent et qui aime passer ses vacances en Tunisie. L’Algérie compte très peu d’infrastructures hôtelières et touristiques. Où passer ses vacances ? La Tunisie est proche et on peut s’y loger facilement », confirme de son coté, Jean-Yves Moisseron, rédacteur en chef de la revue Maghreb-Machrek.



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La valeur ajoutée de l’offre touristique est surtout accaparée par les tours opérateurs étrangers.
Jean-Yves Moisseron, rédacteur en chef de la revue Maghreb-Machrek.

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Un modèle de tourisme dépassé ?
En quelques années, le profil des visiteurs a donc changé. Les Algériens, les Libyens et les Russes représentent désormais plus de la moitié des touristes. Le pays compte ainsi sur l’arrivée de quelque 800 000 touristes russes pour cette année, plus que les Français. Et quelque 1,3 million d’Algériens se sont rendus en Tunisie durant les sept premiers mois de l’année. Un modèle perdure, cependant, celui du tourisme de masse. Et la recette reste la même : du soleil et de la plage bon marché.

Mais c’est un modèle usé, qui ne peut pas tenir à terme, selon Jean-Yves Moisseron, rédacteur en chef de la revue Maghreb-Machreck et économiste, spécialiste des questions de développement. « Les infrastructures hôtelières proposent des formules ‘tout compris’. La valeur ajoutée de cette offre touristique est surtout accaparée par les tours opérateurs étrangers. Et ces offres encouragent les touristes à ne pas sortir de ces complexes hôteliers. Donc ils ne dépensent pas dans l’économie réelle du pays », estime Jean-Yves Moisseron.

Un touriste étranger sort de sa poche 150 dollars en moyenne seulement lors de son séjour en Tunisie, contre 600 en moyenne dans le reste du monde, selon l’institut national de la statistique tunisien. « La trésorerie est tendue pour les hôteliers tunisiens et la crise de ces dernières années ne leur a pas permis d’investir et de monter en gamme. Certaines infrastructures hôtelières se sont mêmes dégradées. », ajoute le chercheur, Jean Yves Moisseron.

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